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Anne-Laure Béatrix, communicante de l’année

Publié le 11 juin 2018

Le Club Comelles a dévoilé le palmarès des Trophées des Communicantes 2018, en partenariat avec Les Echos-Teamedia. Au-delà, des 6 trophées annoncés, le Club a décidé de remettre le Trophée de la Communicante de l’année à Anne-Laure Béatrix,  Directrice des relations extérieures du Musée du Louvre pour sa personnalité, son parcours et pour l’ouverture du Louvre Abu Dhabi.


 

L’ouverture du Louvre Abu Dhabi : un enjeu culturel, diplomatique et économique

L’accord intergouvernemental signé entre la France et les Emirats Arabes Unis en 2007 a prévu la création à Abu Dhabi d’un Louvre Abu Dhabi, premier musée universel du monde arabe, portant le nom du Louvre, et réalisé grâce au transfert d’expertise de 12 musées et institutions françaises, réunis dans l’Agence France Museums. Ce musée, dont l’architecture est signée par Jean Nouvel, a ouvert ses portes au public en novembre 2017. 600 œuvres acquises par les Emirats sur les conseils de la France ou bien prêtées par les musées français se déploient dans les espaces d’exposition permanente de cette ville-musée, dédiée au grand récit de la création artistique.

 

Anne-Laure Béatrix-Louvre Abu Dhabi

 

Ce projet du Louvre Abu Dhabi représentait pour la France un enjeu majeur puisqu’il s’agit du plus grand projet culturel français à l’international de ce début de XXIème siècle. Enjeu culturel, diplomatique mais aussi économique (l’accord intergouvernemental porte sur 1 milliard d’euros pour l’ensemble des musées français). Pour le Louvre, il s’agissait d’un enjeu financier également très important, mais surtout d’un enjeu réputationnel et d’un enjeu d’image capital.

Avec le nom du Louvre, ce sont toutes les valeurs du Louvre (excellence, universalisme, humanisme, ouverture sur le monde et tous ses publics) qu’il s’agissait de transmettre aux équipes émiriennes et d’incarner à travers la construction de ce nouveau musée.


 

Un travail de communication de longue haleine pour un résultat exceptionnel

Les sept années précédant l’ouverture du Louvre Abu Dhabi, Anne-Laure Béatrix s’emploie à définir et à mettre en œuvre une stratégie de communication qui explique et valorise le projet, en construisant un véritable dialogue interculturel avec les équipes émiriennes, dont les enjeux et les pratiques en termes de communication sont très différents des nôtres.

Avec ses équipes (plus de 100 personnes), elle engage une communication sur le long terme, basée sur la transparence, la pédagogie. Ce travail sur le long terme permet de faire connaître le projet, de déminer les critiques et de susciter l’adhésion autour des collections, de l’architecture et de l’histoire universelle racontée par le musée.

L’ouverture du Louvre Abu Dhabi a ainsi bénéficié d’une couverture presse et medias exceptionnelle et d’une très forte visibilité sur les réseaux sociaux, installant à la fois l’image du Louvre Abu Dhabi comme celle d’un musée incontournable sur la scène internationale (la fréquentation a immédiatement été extraordinaire par sa diversité et son ampleur), et renforçant l’image du Louvre, devenu une véritable marque internationale et un vecteur du soft power français.


 

Anne-Laure Béatrix, une Communicante de l’année inspirante

Trophée-AL.Beatrix Communicante de l'année

Après avoir reçu son trophées des mains de Catherine Bonneville-Morawski, fondatrice du Club Comelles, et de Thomas Aillagon, directeur de la communication du musée du quai Branly, Anne-Laure Beatrix a pris la parole :

« Tous les matins, en me déposant à l’école (oui ma mère m’a déposée à l’école jusqu’en terminale), tous les matins donc, ma mère me disait « travaille bien ma chérie ».

Quand j’étais à sciences po, quand je préparais l’agrégation, elle me disait « travaille bien ma chérie ».

Et puis un jour, je suis rentrée en cabinet ministériel. Ce n’était pas prévu, c’était une super opportunité mais un peu la panique, j’avais un petit bébé…Bref, j’ai appelé ma maman pour qu’elle vienne le garder. Elle arrive, prend mon petit Lorenzo dans ses bras et le regarde apitoyée, et en fermant la porte me dit :

Bon eh bien, amuse toi bien ma chérie…

« Amuse toi bien ??? » « Amuse toi bien ?? »

J’étais hyper stressée, persuadée de ne pas être à la hauteur du job, mais bon assez fière quand même et là, en un instant, la phrase qui tue : « amuse toi bien ».

Ben oui, quand on laisse un bébé, sa maison et son foyer, c’est forcément pour aller prendre du bon temps… Et là, hop, j’ai attrapé le virus de la culpabilité, que vous connaissez certainement….

La bonne nouvelle, c’est que ça se soigne !

Cela se soigne par un autre virus terrible, dont j’espère ne jamais me débarrasser : la passion. La passion de l’Histoire, d’abord. Avec une préférence pour l’histoire politique et culturelle : histoire littéraire, histoire du goût, histoire des mentalités. Celle qui permet de s’approcher au plus près de la nature humaine, de sa sensibilité, de sonder les âmes et les cœurs.

Avec en tête cette belle phrase de Marc Bloch dans L’étrange défaite : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». Du collège d’Evry à Sciences Po, j’ai cherché à enseigner l’histoire comme telle : en racontant des histoires pleines de vie, d’émotions ; celles d’hommes et de femmes qui nous ressemblaient.

Enseigner, transmettre, faire partager mes convictions et mon enthousiasme, c’est ce qui m’aura guidé de l’enseignement vers le cabinet ministériel. Puis, au fil des rencontres, des propositions et de la confiance qu’on m’a accordée, vers une agence de communication, Image 7 où j’ai tant appris, et enfin il y 7 ans au Louvre.

Le Louvre parce qu’alors tout prend sens : l’Histoire, l’art, la beauté, la vie. Le Louvre, qui, quelles que soient les nouvelles entendues le matin à la radio, vous réconcilie avec l’Humanité. Le Louvre où l’on trouve si bien une toute petite place à l’ombre des génies, des grands hommes et des fantômes qui s’y promènent la nuit.

Le Louvre où l’on côtoie chaque jour l’exceptionnel.

Je me souviens de la femme d’un ancien Président de la République, qui en visite au Louvre m’avait dit cette phrase :

« Ah, c’est vous qui vous occupez de la com …oh au Louvre, ça doit être facile ! »

Alors non, mille fois non, ce n’est pas facile. C’est passionnant, c’est enrichissant, c’est stimulant, c’est inépuisable, c’est gratifiant quand on vous remet un prix comme aujourd’hui…Mais ce n’est pas facile !

Et je veux rendre hommage à toutes les équipes des directions de communication de la culture. Des équipes formidables, chaleureuses, motivées, capables de porter tous les projets avec créativité, inventivité…et sans aucun budget !

Ce n’est pas à vous que je vais expliquer à quel point notre métier s’est professionnalisé. En 7 ans, j’ai vu évoluer les choses de façon incroyable. Le Louvre est devenu une vraie marque internationale, la communication de crise a envahi notre quotidien. Une crue, un attentat, des activistes : en 1 an au Louvre on voit tout ! Même un Président de la République le soir de son élection…

Et puis le Louvre n’est plus seulement à Paris : il est à Lens, il est à Abu Dhabi.   Aujourd’hui les enjeux des musées ne sont plus seulement artistiques ou culturels : ils sont économiques, ils sont sociaux, ils sont politiques, ils sont diplomatiques. C’est pour cela que je suis si heureuse qu’à travers ce prix, on mette en lumière le monde de la culture, qui fait tant pour l’image de notre pays à travers le monde.  Un grand merci pour cela à toute l’équipe de Comelles, et aux membres du jury.

Je voudrais terminer en vous disant un mot du Louvre d’Abu Dhabi. Car c’est à ce musée qu’il faut surtout remettre le prix de communication de l’année ! Parce que c’est un lieu magnifique. Parce que ce fut une aventure extraordinaire. Mais aussi une aventure personnelle : la rencontre des jeunes femmes émiriennes, souvent beaucoup plus jeunes que moi, brillantes, incroyablement douées, et confrontées à un défi : celui d’être la première génération de femmes à exercer des responsabilités, dans un pays si jeune (créé il y a moins de 50 ans) et aujourd’hui en pleine transformation. C’est sur leurs épaules que repose le message d’universalisme, d’éducation, et d’espoir qu’incarne Louvre Abu Dhabi.

A Paris, on m’a posé beaucoup de questions sur la place des femmes aux Emirats. A Abou Dabi, ces jeunes femmes m’ont posé beaucoup de questions sur mon parcours, celui d’une femme qui travaille, mariée, maman de trois enfants.

Je suis très loin d’avoir toutes les réponses. Mais lorsque je quitte ma maison le matin, je sais pourquoi. Je sais que je n’ai renoncé à rien. Je sais que je suis une meilleure mère parce que je travaille, et que je rentre avec mille histoires à raconter (et aussi des exposés tout faits pour l’école). Mais aussi que je suis une meilleure dircom parce que mes enfants m’ont donné l’idée de faire un LEGO de la pyramide du Louvre ou une affiche avec Dark Vador pour parler des grands mythes dans les collections du Louvre.

Et oui, tout cela m’amuse énormément.

Alors je crois que ce n’est pas exactement ce qu’elle voulait dire,  mais décidément ma mère aura toujours raison.

Je m’amuse bien, maman ! »


 

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